mercredi, 19 décembre 2018 08:42

Les questions des étudiants… aux écrivains

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Les auteurs finalistes du Prix Murat dialoguent avec les étudiants des Pouilles.  

  

 

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Deborah Di Giandomenico (ISS. Romanazzi, Bari) : Avez-vous écrit votre récit saisie d’une immense sensation de calme ?

Laurine Roux : Le texte Une immense sensation de calme, s'il est né d'une période de grande sérénité, d'un état d'abandon aux éléments, à la nature et aux aléas de la vie, n'a en revanche pas toujours été écrit dans le calme. 

J'ai, peu ou prou, mis un an pour rédiger la première version, alternant de longs moments d'observation des sensations, davantage hyper-concentrée que calme, et des phases où il y avait comme une ferveur dans l'écriture, où le rythme du récit s'emballait, où j'étais totalement transportée dans l'histoire. Là, c'était une sorte d'excitation terrible. Une jubilation forte. J'en ressortais étourdie, sonnée; ce déphasage était particulièrement plaisant, proche d'une ivresse d'écriture... donc assez loin du calme!

Cristina Lillo (étudiante Université de Bari) : Votre roman Une immense sensation de calme m'a étonné, vous avez bien rendu l'idée de la fragilité chez les hommes! J’aimerais savoir quel trait de la personnalité d'Igor a déterminé l’amour de la jeune fille, bien qu’il soit très sauvage.

Laurine Roux : Il m'est à vrai dire difficile de répondre directement à cette question, à savoir quel trait de personnalité a précisément déterminé l'amour de la jeune fille; disons que j'aime écrire en me laissant surprendre par ce dont se chargent les personnages malgré moi. Pour ce qui est d'Igor, son aura procèderait de la forme d'animalité que vous soulignez, de cette sensualité brute et mystérieuse. A l'écriture, c'est ce qui se dégageait de lui. Et davantage qu'un trait de caractère, je crois que la part invisible, les zones d'ombre, d'incompréhension et d'inaccessibilité peuvent justifier l'inclination de la narratrice: un désir pour ce silence bruissant.

C'est en tout cas une excellente question, qui m'oblige à réfléchir à la construction de ce personnage, qui me semblait évidente, tout du moins, aller de soi, alors qu'effectivement, il est légitime d'interroger l'origine du lien entre ces deux personnages!

 

Les élèves de français de Mme Fidalma Lavalle (Liceo Linguistico de Spinazzola et Liceo "Cafiero" de Barletta).

On ne connaît pas le nom de la narratrice. Pourquoi?

Laurine Roux : Au départ, je ne m'étais pas rendue compte que la narratrice n'avait pas de nom; j'écrivais à la première personne et comme il y a peu de dialogues, cela n'était pas venu sur le tapis. Et puis, en cours d'écriture, j'ai aimé cette idée, que ce personnage n'existe que par sa voix, que ce soit cette dernière, ses sensations qui la remplissent et fassent chair. Qu'elle ne soit qu'une intériorité qui se remplit jusqu'à déborder de mots, à la fin, lorsqu'elle chante. Ensuite, j'aime l'idée d'une voix qui circule, qui se partage et se transmet. Les babas narrent et à son tour la voix de la narratrice narre. Je trouve cette circulation, ce mouvement très beaux et nommer me semble figer.

Lorsque la narratrice dit " stupéfaite de ce que je viens d’enfanter" (p. 66), à quoi fait-elle référence?

Laurine Roux : Elle évoque le cri qu'elle vient de produire. J'ai voulu utiliser cette image de l'enfantement car le cri est ici performatif.

Que veut dire Grisha vers la fin de son invocation pour guérir Igor (p. 70) ?

Laurine Roux : Lorsque Grisha invoque les esprits des eaux et des montagnes afin de guérir Igor, elle lui révèle en fait son identité, qu'il est une créature à la fois monstrueuse et complète, fils de la montagne car fils de Tochko et enfant de l'eau car né de Kolia.

Pourquoi, à la fin, Igor, se noie-t-il ?

Laurine Roux : Je préfèrerais peut-être dire qu'Igor disparaisse, se fonde dans l'eau. Il se mêle aux éléments. Son corps solaire n'est plus capable de lui servir comme antan; il rejoint alors le Grand-Sommeil qui l'appelle depuis la tempête. C'est en quelque sorte une métaphore pour l'acceptation de la condition mortelle mais aussi de la continuité de la matière qui, elle, ne meurt pas et se disperse dans les éléments...

 


 

Aliona Gloukhova - Souvenirs rêvés 2Ylenia Zaccaria (étudiante Université de Bari) : Dans votre roman, vous imaginez de poser plusieurs questions à votre père afin d'obtenir des éclaircissements sur sa disparition. Et si c’était votre père qui vous parlait et vous expliquait pourquoi il avait fait tous ces choix qui l’ont mené à sa mort? Que se passerait-il?

Aliona Gloukhova: Je crois que mon père ne revenait jamais en arrière. Je crois qu'il était, comme on dit, "fataliste". S'il m'avait parlé, s'il m'avait parlé après sa mort, j'espère qu'il aurait surtout choisi un moment pour ne pas me faire peur. Il m'aurait peut-être dit : j'ai été heureux. Il m'aurait peut-être fait des blagues pas possibles. Il n'aurait peut-être pas voulu me parler du passé ou de ses choix déjà faits.

 (Merci pour cette question, ça n'a pas été facile pour moi de répondre).

 

 

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